Critiques
20 janvier, 2017

Janine Modlinger

On pourrait dire qu’une des tâches de la peinture est de recueillir et de célébrer la présence. Présence du monde, présence d’un visage, d’un paysage, d’un objet.

C’est à ce titre que l’oeuvre de Sophie Bourgenot nous touche.

Son regard, recueilli dans la contemplation, invite à faire silence, à nous émerveiller devant l’inouï de la présence.

Ses fruits, ses légumes, ses fleurs reposent dans une lumière tranquille. Ils répandent autour d’eux silence et paix. On dirait que l’artiste éprouve de la gratitude envers le simple être là des choses.

Elle est pur réceptacle. Elle accueille le monde comme une terre recevante. Et nous voici, nous aussi, recueillis vers l’essentiel.

Elle caresse du regard le velouté d’un fruit, d’un poivron, d’une plante, qui ressemblent à une chair soyeuse. Et cela avec cet instrument qui est la mine de plomb: ses noirs, ses nombreuses nuances de gris, de blancs, irradient dans la sobriété et l’effacement. L’artiste elle-même s’efface devant la présence qu’elle se contente de recueillir.

Certains tableaux, plus récents, tout aussi sobres et dépouillés, sont réalisés avec des crayons de couleur.

A côté des oeuvres qui baignent dans l’immobilité de la présence, d’autres semblent dévoiler davantage l’intériorité de l’artiste: elles sont parcourues par un frémissement, un ondoiement, ou peut-être un vent qui balaie le paysage. Une étrangeté advient.

On s’interroge : qu’est-ce que ce battement qui fait ployer les plantes et les arbres, d’un bout à l’autre du tableau ? Une palpitation secrète, celle d’une joie, d’une ferveur, ou bien quelque menace qui rôde ?

A chacun de décider. Peut-être tout ensemble, car, bien souvent, l’artiste véritable célèbre la complexité de l’existence, où tout coexiste : bonheur et menace, joie et inquiétude. Toute la gamme des sentiments et des perceptions qui constituent l’humain en sa vérité.

Seules comptent la profondeur et l’acuité du regard. C’est pourquoi l’oeuvre de Sophie Bourgenot mérite d’être saluée.

 

Janine Modlinger, décembre 2016