Critiques
22 septembre, 2018

François Cheng, écrivain, poète et calligraphe français, auteur du recueil Et le souffle devient signe chez l’Iconoclaste

Chère Sophie,

Je viens de contempler vos dessins exposés à la Galerie. Avec des mots maladroits, je vais tenter de dire ce qui me vient à l’esprit. D’emblée ceci : une heureuse impression de maîtrise qui se dégage de l’ensemble. Non une maîtrise obtenue à force de sévères disciplines imposées du dehors; plutôt celle d’une plante lentement, patiemment acquise, obéissant à des lois internes qu’éclaire l’instinct sinon l’intuition. Il en résulte ces frémissantes éclosions qui s’offrent à nos yeux. En chaque entité – fleur, fruit, visage – on constate cette juste répartition des ombres et des éclats, des formes géométriques ou anguleuses et celles plus sinueuses ou arrondies. Ce qui les structure, plus que des lignes de contours, ce sont des traits vivants tissés de nervures et gonflés de sève qui ont le don de saisir les choses par leurs racines. On devine chez vous le souci d’atteindre toujours la vision, laquelle implique fusion des éléments contraires, union de choses avec leur résonance.

A propos du dessin, vous m’aviez parlé de votre passion, tout en vous plaignant d’un certain « manque de facilité ». Pour moi, ce manque est fécond. Je pense à un Cézanne, à un Matisse, qui eux non plus ne possèdent pas ce qu’on appelle la « virtuosité ». D’où cette singulière expressivité qui n’est qu’à eux, parce qu’inlassablement pensée et approfondie. Je ne doute pas que vous soyez sur la bonne voie.

François Cheng, mai 2016